Commune d'Ornex, Pays de Gex

L’église

L’église d’Ornex dont il est fait mention la première fois en 1153 –  » ecclesia de Ornacho  » – est un témoin parlant de l’histoire de notre village. Il suffit de la visiter pour en faire remonter les moments marquants.

Les alentours ont bien changé ces dernières décennies. Villas et petits immeubles ont poussé entre le vieux quartier du Marcy et l’église, là où il y a peu encore passaient les vaches de la ferme Grobet. Située au haut du coteau, l’église Saint Brice a fière allure.

L’esplanade couverte de gravillons clairs a pris la place, au cours des années 1950 de l’ancien cimetière. Il y avait aussi les deux grands marronniers, arbres de la Liberté (voir Ornex, Histoire d’un terroir et d’une communauté du Pays de Gex, par Alain Mélo, ed. Ornex-Histoire 1985, page 31).

Le clocher ou campanile, construit vers la fin du XVè siècle, avait été démoli en 1873. Il fut reconstruit dans sa forme actuelle dans les années 1816-1818. L’église a été au cours des siècles, lieu de culte catholique, protestant, voire culte à l’Etre Suprême (au temps de la Révolution). C’est aussi ici que se tenaient, dans le temps, les assemblées communales et le  » banc de cour  » où le curial jugeait les affaires publiques. C’est encore ici que se donnait l’enseignement aux jeunes en attendant la construction en 1839-1838 du premier bâtiment d’école (aujourd’hui rénové en mairie).

A l’entrée de l’église, sous le porche, une pierre tombale à l’épitaphe et aux armoiries de  » Messire Pierre François Dupuis, écuyer  » rappellent une famille très ancienne d’Ornex qui avait modelé le hameau de Maconnex et qui émigra vers le Canton de Vaud au moment de la Terreur. Le texte fut rendu illisible par les révolutionnaires cherchant à effacer toute trace du passé royaliste.
En pénétrant dans la nef on remarque des fresques datant du XVè siècle et représentant Saint Brice, patron de la paroisse, et Saint Christophe portant l’enfant Jésus sur son épaule. Les deux anges agenouillés laissent à penser qu’un personnage central, la Vierge probablement, surmontait les trois hautes fenêtres ogivales.

La forme carrée du chœur actuel remonte au XIIIè siècle. Les travaux importants entrepris en 1983 ont révélé l’existence d’une fondation d’abside semi-circulaire d’époque carolingienne (IXè siècle). On constatera, du côté de la porte de sortie vers le cimetière, l’épaisseur des murs qui servent de contreforts. On notera aussi l’ouverture d’une arche entre nef et cœur et qui permettait aux familles disposant de leur chapelle de voir le prêtre officier à l’autel.

Les chapelles, autels séparés souvent placés sur les côtés de l’église, étaient dotées par leurs fondateurs de revenus destinés à en assurer l’entretien. Au XV è siècle les familles Chevallier, Brochut, Bon, Decroza ou Sergier avaient leurs chapelles.

Au pied de la chapelle St Jean Baptiste, fondée en 1468 par Johanez Brochut d’Ornex et curé de Gex, existe un caveau, aujourd’hui non accessible, où furent enterrés les Brochut entre 1612 et 1676 au moment du rétablissement du culte catholique et de l’installation de la Mission Jésuite à Ornex en 1641.

Une porte à arche de molasse moulurée communique avec le presbytère construit au début du XVIè siècle et qui fut tour à tour vendu et revendu avant de revenir à la commune en 1843.

Lors des derniers travaux une statue en bois polychrome de 1,10 m représentant St Brice fut trouvée.
Contre le mur extérieur de l’église se trouve la pierre tombale du personnage le plus marquant de l’histoire d’Ornex : le général Philipbert De Prez Crassier (1773-1803).

René Mathieu

Jean Etienne Philibert de PREZ-de-CRASSIER

Général né le 18 janvier 1733 à Divonne-les-Bains, mort le 6 juillet 1803 au château d’Ornex.

Fils de J.B. de Prez, écuyer et seigneur de Crassier, Jean Etienne devient à 12 ans cadet dans le régiment suisse de Vigier avec lequel il servit en Italie. Enseigne en 1748, sous-lieutenant en 1754, il devient capitaine au régiment Royal-Deux Ponts en 1757, lieutenant-colonel en 1773. Il fait pendant 5 ans les campagnes d’Allemagne où il est blessé à deux reprises. Sert en 1785 comme colonel en Hollande, aux côtés du Comte de Maillebois et devient adjudant-général.

Rentré des Etats-Unis où il avait participé à la Guerre d’Indépendance, il est élu aux Etats Généraux Centre, le 5 avril 1789, comme député de la noblesse du baillage de Gex. Reprend du service militaire en octobre 1789, sera en 1791 maréchal de camp puis commissaire pour les départements de l’Ain, de la Haute-Saône et du Doubs. Servit sous Luckner à l’Armée du Centre en 1792, commanda l’avant-garde de Kellermann et sera à Valmy le 20 septembre 1792. Deviendra en 1792, en remplacement de Biron, commandant en chef de l’armée du Rhin. Il comprend très vite la position stratégique de ce fleuve.  » …je vous le répète, cette frontière va devenir très importante  » ( lettre du 13 janvier 1793 au Ministre de la Guerre Pache). Il s’entoure d’hommes de confiance comme son frère Deprez-Bruel et son beau-frère Sedillot de Fontaine.

De la 5è division militaire de Strasbourg il passera le 28 août 1793 à celle de Saint-Jean-de-Luz et sera commandant en chef de l’Armée des Pyrénées occidentales. Il démissionnera le 30 septembre suivant. La cause est inconnue, mais les représentants du peuple ne se gênaient pas, à cette époque, pour critiquer, voire calomnier si nécessaire les militaires, notamment de cette armée-là. Ne disait-on pas  » …qu’il était plus commode de diriger une colonne en pantoufles et avec la plume qu’avec ses bottes et son sabre « . Son origine noble et une sombre affaire de Croix de Saint Louis non déposée auprès des autorités comme exigé par la loi suffirent en ces périodes politiques troublées à faire arrêter le général. Conduit d’abord à Paris, il fut ensuite détenu sans jugement pendant 16 mois à la citadelle de Bayonne. A Ornex ses biens et récoltes sont réquisitionnés, sa femme est séquestrée chez elle. S’adressant à un citoyen-commissaire Deprez-de-Crassier écrit  » ..je t’ai prié à plusieurs fois de demander au représentant Monestier les motifs qui l’ont conduit à cet acte de rigueur. C’est le plus beau droit de ta place de demander que l’on punisse les militaires coupables, comme tu dois solliciter qu’ils respirent en liberté et servent la République quand ils ont rempli leur devoir et qu’ils sont victimes de la calomnie « . Reconnu innocent, il est réintégré commandant de la 5è division militaire. Il prendra sa retraite le 17 juin 1796 pour venir se retirer dans sa demeure à Ornex. Il y élèvera, entre autres, des bêtes à cornes comme il ressort d’une plainte déposée devant le juge de paix de Ferney après le vol de six bêtes, sous les yeux de son berger, le 26 août 1799. Accompagnée du témoignage du citoyen Brochut, agent communal à Ornex, la plainte est dirigée contre un habitant de Maconnex. Les retraites des généraux ne sont pas toujours paisibles ! Peu de temps avant sa mort en 1803 il informe le conseil municipal de sa volonté d’aider au rétablissement du culte catholique et à la nomination d’un curé. Il repose tout contre l’église à l’entrée du cimetière d’Ornex.

Jean Dellerba
Divonne-les-Bains
Membre de l’Institut
Membre du Souvenir napoléonien

Jean Chevalier

Un Ornésien perfectionna la technique des semailles.

Le premier outil de labourage fut le bâton à fouir en forme de croc, souvent réalisé en bois de cervidé. Amélioré et muni de manches, il deviendra l’araire, forme primitive de la charrue. C’est vers 2800 av. JC que l’on voit apparaître dans l’écriture cunéiforme et dans les hiéroglyphes les termes de « bêche » et de « charrue ». Les Grecs puis les Romains la dotèrent d’un sep horizontal et d’un soc métallique. Vers 1500 au Proche-Orient, on ajoute un semoir à la charrue.

Inventé par le fermier et agronome anglais Jethro Tull en 1701, le semoir est la première machine agricole moderne.
Il permet de répandre les semences avec régularité.

Semoir de Jethro Tull

Un mémoire dressé par les militaires sur les régions traversées par la route de Dijon à Genève en 1825 rapporte que dans le Pays de Gex, » on commence à économiser la semence grâce au semoir dont l’usage devient général dans le Pays.
Cette machine peut être traînée par un cheval et se meut sur deux roues. Elle est composée de plusieurs conduits qui prennent la semence dans un entonnoir et qui la distribuent également dans de petits sillons. Ces sillons sont creusés par de petits couteaux qui précèdent les tuyaux. Après le dépôt du grain, ces sillons sont légèrement recouverts par un espèce de râteau sans dents qui est placé derrière. On prétend que cet instrument économise le quart de la semence ».

Ce type de machine est utilisé par plusieurs agriculteurs d’Ornex dès 1815.

Jean Chevalier, maréchal et charron à Ornex, perfectionne ce système un peu plus tard et dépose un brevet pour son nouveau semoir en 1856. Tous les agriculteurs d’Ornex l’utilisent dès cette époque.  » (A. Melo , ibd. p. 91).
Il sera régulièrement récompensé lors des concours agricoles.

Un représentant démarchait les fermes avec un modèle réduit au 1/5 et une description qui disait en substance :
 » Le semoir est composé d’une trémie en bois servant à contenir la semence. Elle est placée sur une caisse en fer et fonte de cuivre qui renferme le cylindre. Cette caisse est recouverte par une plaque en fonte, fixée sur le cylindre et percée de cinq, sept ou neuf trous, suivant que le semoir est à cinq, sept ou neuf socs. Les ouvertures sont fermées par des glissoires ou targettes qui s’ouvrent ou se ferment à volonté….Au-dessous de la caisse où se trouve le cylindre existe une vis de pression qui fait mouvoir une aiguille placée au milieu d’un demi-cercle gradué et numéroté de zéro à dix. En faisant fonctionner la vis, l’ouverture pratiquée pour l’écoulement du grain diminue ou augment selon les besoins de manière que l’on peut semer clair ou dru, selon la richesse du sol, toute espèce de graines à l’exception des trèfles et des colzas…Les tuyaux conduisant la semence en terre sont fixés au-dessous de la caisse du cylindre…. Les deux roues sont placées à l’essieu de derrière pour conduire l’instrument de la ferme au champ. Arrivé là, on enlève les roues de cet essieu pour les placer à celui qui est sur le devant. C’est cette roue qui en tournant met tout en mouvement.  » (A. Melo , ibd. p. 103).

Art et Patrimoine

Une histoire de famille, une histoire d’ornésiens

L’un a créé le semoir Chevalier en 1856, l’autre l’a photographié en 2004. De ses souvenirs d’enfance Christophe Jacquemet, photographe professionnel, a fait une exposition.

Là où ses aïeuls ont créé et fabriqué l’engin, Christophe Jacquemet l’a mis en image. Tout cela s’est passé à Ornex au fil des générations. La mairie a souhaité garder une trace de cette page d’histoire de vies en se portant acquéreur d’un tirage photographique qui nous rappelle les richesses de notre patrimoine local et les qualités de nos artistes locaux.